top of page
ninon.png

PROJET
DE RECHERCHE

DESIGN
TERRAIN(S)

PROJET
DE RECHERCHE

Enquête en art & design : rencontres architecture, design graphique & art forensique

CHERCHER SUR
LE TERRAIN
LE TERRAIN

AVEC

        Journée de rencontre
à la Fabrique du Métro
le 19 mars 2024

 

tramecerclebeige.png
photo.png
sebpeche.png
Matdemo.png
tramecerclebeige.png

Une journée de rencontres orientée sur l’enquête

La figure de l’enquête est devenue incontournable dans les différents domaines du design durant cette dernière décennie. Issue des pratiques d’architecture et d’urbanisme, elle connaît un important essor, portée par des figures comme Nicolas Nova en design objet ou encore Franck Leibovici, Agnès Villette ou Aurélien Gamboni et Sandrine Teixido, dans le champ des arts. C’est en 2007 que la notion apparaît dans le design graphique avec l’exposition Forms of Inquiry. Dans une dynamique de recherche les différents champs du design ont alors valorisé cette approche, aux méthodologies souvent calquées sur les sciences humaines. Cependant différentes tentatives d’utilisation de l’enquête en design ont concilié l’observation avec les pratiques de prototypage
et de communication.

Cette journée propose de croiser les regards professionnels et les approches pédagogiques : comment un design d’enquête pourrait-être profitable à la formation des praticiens ainsi qu’au territoire
et ses acteurs ? La journée prendra la forme d’une consultation collective où les étudiants seront invités à collecter les méthodologies et les outils auprès des professionnels. Cette récolte sera mise en scène dans une restitution collective.

Établissements

• Campus de la Fonderie
   de l’Image, Bagnolet

• Lycée Adolphe-Chérioux, Vitry-sur-Seine 

• La Fabrique du Métro,
Saint-Ouen

• Lycée Hector-Guimard, Paris

• Lycée Jean-Pierre-Vernant, Sèvres

Intervenants

•Alexandra Cohen, Cuesta, coopérative d’urbanisme culturel

• Aliète Colombini, étudiante DSAA alternatives Urbaines, Lycée Adolphe-Chérioux, Vitry-sur-Seine

• Silvia Dore, Campus de la Fonderie de l’image

• Mélanie Fioleau , La Fabrique
des Impossibles (Saint-Ouen)
et Les Chaudronneries (Montreuil)

• Ulysse Del Ghingaro, Paris 8,
Collectif Arts Écologies Transitions

• Pauline Gourlet, Media Lab

• Margaux Drocourt, Vraiment Vraiment,Design d’intérêt Général

• Lionel Lavarec, Chercheur en design, Dassault Systèmes, CNRS éditions 

• Anne Mortal, Agrégé et docteure
en Lettres, DSAA Design graphique
et Narration Multimedia, Boulogne

• Dorian Reunkrilerk , 110 bis Lab d’innovation Éducation Nationale

• Mathilde Roussel, Artiste-chercheure, Atelier Raffard-Roussel, Paris 8

•Alice Queva, Cuesta, coopérative d’urbanisme culturel

Participants / chercheurs

Boussard Clara    

Devey Mathilde    

Hedouin Anouk

Casseus Junie    

Eveno Louise     

Hua Hoan-Vu

Ferraris Camille

Georges Mélina

 Huguet Solène 

Cretin-Reina Morgane

Gouez Anaïs     

Khattal Naïma

Ong Lou    

Laurène Fiabon          

Krysmann Thaïs     

Fernandez Diez Carmen     

Jouini Athéna     

Ribani Assia

 Léa Marot 

Le Callennec Clara     

Tiphaine Sovany

Djeriri Kenza     

Levy Dora Osti-Rousseau
Julie  
Rouyer

Ambre Loiseau Héloïse 

Robin Hourmant 

Marechal Lehoux Agathe

Deberranger Raphaël

Villette Marion

Tirard Charlotte

 Morales Inès

Christophe Broggi

Morere Apolline     

Dupouy Tia

Baillon Anna-Sikina

Jeanne Petitbon      

Sebbagh Sabrina

Alicia Abdi

Copley Eva     

Blanchet Ellébore

Nina Michel

Waille Louisa

Boucher Lea

Levy Dora 

Fusillier Emma    

Leandre Marion    

Belmahdi Lilah-Rose 

Lavarte Mathilde

Diez Clara     

Cogne Céleste

Aubert Ewan    

Yaël Vrizet 

Bouffartigue Adèle    

Lopez Da Silva Laëtitia

Galet Victoria    

André Maylis

Pipeaux Nathan    

Maëva Pitou    

Clabaut  Tatiana    

Peron Zoé 

Marais Lucas    

Fajardy Mathias

Merillon Guillemette

 Stéphanie Ignacy

De Pinho Luna        

Julie De Oliveira

Djelil Safa

Gualtieri Lili     

He Zheng Julie    

Truffy Jeanne     

Dutour De S.Adélaïde    

Sebastien Luca

Périé Alison

Hammadi Noussaiba

Margot Gasparini

Sarah Ider

Soilihi Charlotte    

Polti Arthur     

Maguet Lilou

Siham Brisa  

 Pagnier Antoine    

Truphème Altaïr    

Mieszezak Anna

Hugo Milland 

Suter Marie     

Zins Lisa    

Niort Sarah 

Raffestin Romane

Chanon Coline

Texier Romane        

Romero Lucia

Bergé Kendra           

Journaud Lauryne    

Gibaut Lea     

Zammit-Chatti Thalya

Dizi Camille    

Langlais Benjamin

Regragui Ismahene 

Remond Armand

Cossais-Bourgeois Zoé

Théophile Seclin   

Bichai Monica

Ifrah Eve    

Destable Louise     

Chachasvili Sara

Hoarau Manon    

Fanette Carbonnel 

Burel Angèle    

Lafazan Symon    

Saint-Jalmes Noémie 

Chevalier Héloïse    

Cans Mathilde    

Rasata Gabrielle

Baboux Pauline

Morin Chloé        

Leger Yasmine

Riverieux De V.vinciane

Zouaghi Nadia

Piazza Lea            

Fauvel Jade

Walther Alicia 

Hamane Dounia 

Juliette Cosmao D    

Macquart Thibault

Remond Armand

Lune Diwo-Vasone    

Mendes Lya        

Merillon Guillemette

Rapin Nina    

Raffestin Romane

Khong Lana        

Niort Sarah

Regragui Ismahene

Fajardy Mathias 

Broggi Christophe 

Macquart Thibault 

Cretin-Reina Morgane

Ong Lou

Une pédagogie active et démocratisante

Lionel Lavarec structure ses ateliers selon une pédagogie active, fondée sur l’engagement des étudiant·es. Ceux-ci choisissent leurs problématiques, formulent des hypothèses, construisent leurs représentations cartographiques, puis présentent leurs analyses.

L’enseignant y joue un rôle de facilitateur, non de prescripteur. Cette approche s’inscrit dans les pédagogies par projet défendues par John Dewey et Paulo Freire[4] : il s’agit de former des individus capables de problématiser, de débattre, de produire du sens dans un cadre collectif. L’objectif n’est pas une restitution graphique

parfaite, mais une compréhension profonde des dynamiques territoriales. « Il n’y a pas d’objectif graphique. Le but, c’est de comprendre. » La forme est donc un outil cognitif, non une finalité esthétique. Elle sert à clarifier les idées et à favoriser le dialogue entre les participants.

5) Un enjeu sociétal :
comprendre la donnée pour mieux agir

Au-delà de l’enquête urbaine, cette méthode soulève des enjeux sociaux et politiques majeurs. En mobilisant des outils accessibles et en favorisant l’appropriation des données par les citoyen·nes, Lavarec contribue à une démocratisation de l’intelligence territoriale. Cette posture critique s’oppose à une vision technocratique et opaque des villes numériques. Elle met en avant la capacité des individus à analyser, contextualiser et

débattre à partir de représentations concrètes. Elle rejoint ainsi les réflexions sur les “données situées” de Donna Haraway[5], selon lesquelles toute donnée doit être comprise dans un cadre local, social et culturel.

 

​​

​​

 

Pour conclure, La méthode d’enquête de Lionel Lavarec, issue du design, de la pédagogie critique et d’une

expérience approfondie de la médiation scientifique, constitue une réponse originale aux défis contemporains posés par les données urbaines et les outils numériques. En valorisant des démarches accessibles, sensibles et participatives, elle réaffirme la nécessité de replacer la compréhension collective au cœur des processus de transformation urbaine. Dans un monde saturé de données, cette approche rappelle que la compréhension

commence par l’appropriation, et que tout savoir s’ancre dans le dialogue.

​​​​​

 

Références

 

[1] Brown, Tim. (2009). Change by Design: How Design Thinking Creates New Alternatives for Business and Society. Harvard Business Review Press.

[2] Cross, Nigel. (2011). Design Thinking: Understanding How Designers Think and Work. Berg.

[3] Latour, Bruno. (2005). Reassembling the Social: An Introduction to Actor-Network-Theory. Oxford University Press.

[4] Dewey, John. (1938). Experience and Education. Macmillan.  Freire, Paulo. (1970).

Pedagogy of the Oppressed. Herder and Herder.

[5] Haraway, Donna. (1988). “Situated Knowledges: The Science Question in Feminism and

the Privilege of Partial Perspective.” Feminist Studies, 14(3), 575–599.

Lionel Lavarec : créer avec des non-créatifs

Lionel Lavarec, designer de formation et chef de projet en stratégie de communication pour le groupe Dassault Systèmes, développe une méthode d’enquête mélangeant design, cartographie participative et pédagogie active. Cette approche propose une lecture critique et créative de l’espace urbain à l’ère des jumeaux numériques, et se distingue par sa simplicité technique alliée à une forte exigence intellectuelle.

 

Une méthode fondée sur le design
et le prototypage

La méthode s’enracine dans une culture du design de produit, acquise à l’École Boulle puis consolidée par une expérience chez Sagem. Lionel Lavarec y a appris à penser les objets techniques non comme des finalités mais comme des interfaces de médiation, entre la technique, les usages et la communication. Il applique aujourd’hui cette logique de prototypage rapide à l’échelle urbaine : les outils d’enquête qu’il mobilise – cartes papier, calques, post-it, feutres – permettent une exploration concrète, accessible et immédiate des enjeux territoriaux. Cette démarche low-tech offre un contrepoint critique aux approches purement numériques. « Le but, c’est de montrer qu’il y a une réflexion à avoir avec les outils numériques ; tout

n’est pas donné. »

 

Une enquête ancrée dans le territoire :
le cas de Rennes

Sa méthode est mise en œuvre dans des ateliers pédagogiques, notamment dans de masters à l’université Panthéon-Assas. L’un des terrains privilégiés est la ville de Rennes analysée à travers une démarche de cartographie participative. Les étudiant·es reçoivent une carte vierge d’un quartier et des cartes thématiques (mobilité, pollution, logements, etc.) qu’ils doivent croiser pour identifier des enjeux spécifiques. Ce travail développe une lecture systémique du territoire, en rendant visibles les interconnexions et les tensions entre différentes dimensions de l’espace urbain. Dans un second temps, les étudiant·es explorent les données ouvertes du portail rennais pour prolonger ou interroger leurs hypothèses initiales. L’objectif n’est pas de produire un jumeau numérique exhaustif, mais d’en comprendre les logiques : croisement de données, contextualisation, interprétation critique.

 

Une filiation avec le design thinking

La méthode de Lavarec s’inscrit dans une tradition proche du design thinking, sans pour autant s’y limiter. Il rappelle que les principes mis en avant par cette approche existaient déjà dans le design produit, bien avant leur formalisation par des écoles comme Stanford [2].

Son travail repose sur une démarche itérative et pragmatique : faire, tester, ajuster. Il privilégie une dynamique de co-construction, dans l’esprit des ateliers de co-design, plutôt qu’un modèle figé. Cela permet aux participant·es de s’approprier des problèmes complexes

à travers des outils simples, tangibles et collectifs.

Cette orientation rejoint également les travaux de Bruno Latour sur les cartes de controverses[3], qui visent à explorer les enjeux cachés et conflictuels d’un territoire, en

révélant les points de vue divergents autour d’un même espace.

 

Article rédigé par
Aimée Guillo
Morgane Maglulio

LA MÉTHODE PROPOSÉE INCARNE UNE FORME D’ÉPISTEMOLOGIE CITOYENNE, À LA FOIS CRITIQUE & COLLABORATIVE.

5) Les freins
à ces 
méthodologies

La méthode d’enquête est soumise à plusieurs difficultés, à commencer par celle du temps. Pour garantir la justesse et la force d’une enquête, il faut être concentré et en immersion, ce qui demande du temps. Dans les cadres de commande, la phase d’immersion n’est pas prise en compte, donc non rémunérée et difficilement valorisée. Le temps d’assimilation et d’imprégnation, qui prend souvent la forme d’une résidence, pour mener à bien un projet est heurté à un besoin de rentabilité et de vitesse. La deuxième limite est la difficulté à valoriser et mettre en avant cette enquête, sous la forme d’un livrable. Il faut prendre en compte la pluralité de formes de la matière, qui peut comprendre audios, vidéos, odeurs, volumes, et trouver des temps pour partager.

​​​​​

 

Références

— Bouchain Patrick, Construire autrement, Actes-sud, Paris, 2006

— Dewey John , Logique : la théorie de l’enquête, PUF, Paris, 1993
— Latour Bruno,
Puissance de l'enquête, Les liens qui libérent,  Paris, 2024

Alice Queva : Cuesta et l’urbanisme culturel

Cuesta est une coopérative d’urbanisme culturel, un champ émergent et regroupant architecture, culture, art, démocratie participative et citoyenneté afin de repenser la ville. L’urbanisme culturel regroupe ainsi une pluralité d’acteurs qui se revendiquent de ce mouvement, donnant lieu à des rencontres, à du partage d’outils, de techniques et de ressources, avec comme point commun une appétence pour l’enquête sous forme de diagnostic sensible. La coopérative est structurée en SCOP, elle regroupe des architectes, des designers, des urbanistes, des ingénieurs culturels et des artistes qui répondent ensemble à des marchés publics.

1) Un travail qui s'adapte
à la commande

Ils travaillent donc avec une maîtrise

d’ouvrage qui est leur commanditaire, ayant déjà formulé des demandes sur un lieu spécifique, qui peut prendre différentes formes et échelles. Une fois la commande prise en main par Cuesta, la première étape se porte sur la compréhension des enjeux, en corrélation avec le cahier des charges. Le but est de dresser un diagnostic sensible, qui prend en compte la réalité du lieu en dehors de ce qui est écrit sur le papier, afin que l’équipe puisse réajuster sa méthodologie à chaque terrain.

 

La phase d’enquête s’organise autour d’une trame qui

permet de s’adapter à chaque projet, et qui intègre

notamment un artiste, position défendue par la coopérative. Le rôle de l’artiste est plus large et moins soumis à des critères, ce qui lui donne une souplesse pour aller chercher des gens hors de portée avec d’autres outils.

2) D’abord : s’immerger

La première phase de l’enquête est celle de l’immersion. Le but est de se rendre sur le lieu où le projet se déroulera, pour observer, écouter, poser des questions. Il ne s’agit pas de tout de suite agir, mais de prendre quelques jours pour s’immerger complètement, avec une certaine attention et prudence. Il y a une attention à ne pas faire de faux-pas, de bien prendre en compte l’interlocuteur et ses sensibilités. Il faut tout d’abord créer une relation et un cadre de confiance, pour s’assurer que la démarche soit donnant-donnant. Il faut que tout le monde puisse se retrouver dans les apports finaux.

 

Dans cette phase, Cuesta utilise des outils de collecte

de paroles qu’elle adapte à l’échelle du lieu et de ses

spécificités, comme par exemple l’enregistrement, la

collecte de récits, ou encore le protocole de description.

Cette première partie de l’enquête est aussi un moment

important pour transmettre les enjeux de l’enquête et la rendre tangible pour les autres, les enquêtés surtout.

Article rédigé par
Louise Delion
Lily Decriaud

POUR GARANTIR LA JUSTESSE ET LA FORCE D’UNE ENQUÊTE, IL FAUT ÊTRE CONCENTRÉ ET EN IMMERSION, CE QUI DEMANDE DU TEMPS.

3 ) La pratique comme
entrée dans l'enquête

Une fois le cadre de confiance posé entre les enquêteurs et les enquêtés, Cuesta peut entrer dans l’observation

participante. Il s’agit maintenant de mettre des choses

en évidence, de mettre en lien et d’entrer en lien. La

coopérative déploie alors d’autres outils, qui se basent plus sur l’échange et le partage, que sur l’écoute et l’observation. La différence des outils entre les deux phases de l’enquête se trouve autour de la notion de faire. Lorsque que l’outil propose une création, il n’engage pas le même lien et la même notion de partage que lors d’un entretien par exemple. On trouve donc dans la deuxième partie de l’enquête, des outils comme la marche ou la cartographie sensible, la création de films, de photos ou de jeux. Cette enquête permet de comprendre à termes les enjeux. Concrets d’un lieu afin de proposer avec la maîtrise d’œuvre un aménagement qui convient et au cahier des charges, et aux habitants/utilisateurs du lieu.

 

4) Des références
théoriques et pratiques

La méthode d’enquête est inspirée par des penseurs,

comme Patrick Bouchain, John Dewey et Bruno Latour.

Elle est aussi inspirée d’outils des sciences sociales, puisque l’enquête est une notion centrale de la sociologie. Cuesta est aussi influencée par ses collaborateurs, elles travaillent notamment sur les questions environnementales, ce qui les amène à côtoyer des scientifiques qui sont en enquête permanente sur le vivant, les écosystèmes, les espèces et les territoires. Enfin, la coopérative nourrit sa méthode d’enquête avec les méthodes des artistes avec lesquels elle travaille, ils ont des chemins de pensée différents menant à la création qui permettent dans le processus un diagnostic sensible.

Laura Athéa : Atelier des Hermelles et droits culturels

L’atelier des Hermelles utilise des outils de l’urbanisme culturel pour répondre à des enjeux territoriaux à travers des études urbaines et culturelles, des démarches participatives et des

événements culturels. 

Laura Athea est la gérante de l’atelier des Hermelles. Elle est urbaniste géographe. Sa démarchetransversale 
articule des projets de territoire et projets culturels. En tant quegéographe 

médiatrice, elle intervient sur des enjeux de stratégie territoriale en mettant en

place des démarches participatives avec les usagers et acteurs du territoire situé.

 

Partir des pratiques 
existantes

Dans un enjeu de transition de territoire, l’urbanisme culturel est un mouvement constitué de responsables d’associations, d’entreprises, de chercheurs et d'élus. En s’appuyant sur des interventions artistiques et culturelles, l’objectif est de pouvoir agir pour toutes les parties prenantes et de changer les modes de fabrique territoriaux. L’objectif est de représenter et rendre visibles les pratiques de l’urbanisme culturel, structurer et développer ce champ professionnel, et travailler en lien avec d’autres mondes qui visent à une meilleure habitabilité de nos territoires. Dans “un parcours au-delà des limites, pour les géomètres experts”, Laura Athéa exprime le fait qu’il est nécessaire d’avoir des corps de métier différents comme le juridique, la sociologie... Les géomètres-experts doivent comprendre les droits des espaces pour les reconsidérer. En effet, les territoires peuvent devenir de véritables enjeux sociaux avec des conflits d’usages. L’objectif de la méthode d’enquête est de croiser les disciplines, avoir une intelligence collective et une lecture du territoire sur les parcours de vie des usagers. L’enquête est là pour créer un diagnostic

à travers une méthode empirique. Elle se fait à travers une méthode honnête à l’écoute de tous les discours.

​Quatre méthodes d’enquête sont possibles .

 

L’enquête géographique

Elle se base sur le terrain et permet de mettre fin aux clichés, aux mythes et aux à priori. Un mot plus exact serait un diagnostic de territoire. Il est un point de départ de tout projet. Il nécessite une lecture de l’espace, interroger les personnes qui y vivent. Différentes approches sont possibles pour lire un même espace. Une autre approche possible serait le diagnostic sensible. Ici, la volonté n’est pas d'être dans le factuel, mais d'être davantage dans les parcours

de vie sur le territoire pour comprendre le ressenti des personnes. 

 

Investigation

Le but ici est de produire quelque chose qui n’est pas attendu. Avoir des projets contestataires et produire un discours alternatif à travers une méthode

honnête. 

 L’enquête artistique

Elle est par exemple utilisée sur la résidence “sur un plateau” située au  Mont-Saint-Michel entre 2020 et 2022. Le sujet porte sur la création artistique en milieu rural. La problématique est que dans un même territoire, plusieurs communes, plusieurs paysages, plusieurs cultures, il est possible d’avoir des identités fortes à part entière. Le projet a besoin de l’enquête pour exister. L’enquête a pu se dérouler en plusieurs phases :

• a |  Éléments de contexte

Définir le cadre de l'enquête

Savoir qui sont les commanditaires

(communauté agglo, Lisieux Normandie),

les acteurs (artistes, citoyens,

communauté d’agglo, la DRAC, collectifs

et associations, sociologues, philosophes,

économistes et d’autres métiers en lien

avec le sujet) Il faut également définir

les enjeux culturels : les questions

d’habitudes, de comportements et de

travail sur les droits culturels. Chacun va

avoir des enjeux qui lui sont propres et il

est important de découvrir les savoir-faire

Article rédigé par
Seta Kebe
Danaé Pandion

CROISER LES DISCIPLINES, AVOIR UNE INTELLIGENCE COLLECTIVE ET UNE LECTURE DU TERRITOIRE SUR LES PARCOURS DE VIE DES USAGERS. 

La dernière forme d’enquête : 

l’enquête urbanistique.

Un exemple de situation présenté est une

enquête réalisée dans la prison Jacques

Cartier à Rennes. C’est une enquête

urba-culturelle sur un an qui a pour but de

transformer le lieu en “lieu culturel.”

Voici le procédé :

• a | Définir le contexte

Définir la prison et ses problématiques ainsi que le contexte historique.(9*)

Définir le périmètre d’enquête, qu’est-ce

qui compose le quartier ?

• b | Diagnostic du territoire

Avoir une prise en compte de l’histoire

de la prison et décortiquer les enjeux

sociaux en lien avec l’espace et la ville.

Le lien entre le quartier nord aisé et le

quartier sud populaire peut donner une

interprétation. Avoir une approche géographique : Cartographier l’espace (quartier, plans, régions) et prendre en compte les formes architecturales de la prison. Dans ce cas précis, la prison est construite sur un  panoptique(10*). Prendre des photographies du lieu.

• c | Disséquer le sujet

• d | Entretien Individuel et collectif

L’entretien questionne différents sujets. Il

passe par :

— Une cartographie des acteurs

Des dialogues individuels ou collectifs

(élus, associations, détenus, acteurs de

domaine culturel, réfractaire “opposition”,

citoyens...)

— Retranscription avec une obligation à

publier l'entièreté des échanges.

• e | Atelier de concertation

Il est important de chercher des témoins

et d'avoir un diagnostic sensible.

— Partage des connaissances sur le sujet

Remontée des connaissances, des

acteurs, besoins

— Enregistrer les témoins pour avoir une

trace 

— Dans ce cas précis, les retours des

détenus re questionne l’enquête.

La médiation est constante et va

influencer les propositions d’ateliers.

• f  | Rendre le projet pérenne

Donner une continuité aux projets par la création d’un site pour que la parole reste présente, un lien par les réseaux, un film qui peut se projeter en festival...

Cette méthode d’enquête possède elle

aussi des limites comme :

- un clivage politique

- Le manque de temps

- le refus de tiers

- le budget

- le cadrage du commanditaire

PRESENTATION
À 
VENIR

tramecerclebeige.png
tramecerclebeige.png

Éloise Cardon : l’écoute et la résidence comme méthode

Éloïse Cardon est une graphiste junior basée sur Paris.  En 2023, elle intègre le studio Vraiment Vraiment, structure engagée dans le design des politiques publiques. Elle y conçoit des identités visuelles, outils d’intelligence collective, documents de médiation ou encore des dispositifs d’exposition. Tout long de son parcours, Éloïse accorde une véritable importance la narration de sujets sociaux.

 

La méthode développée par Éloïse repose sur une approche sensible, immersive et humaine de l’enquête de terrain. Elle utilise ses outils empruntés au design, aux sciences sociales et à la médiation, dans une démarche qui privilégie le temps, l’écoute active et la valorisation. Sa pratique est guidée par une volonté de tisser du lien, de révéler ce qui lie les personnes entre elles et à leur environnement, et de produire des formes accessibles, appropriables, qui prolongent les récits collectés sur le terrain.

 

L’un des socles de sa méthode est la valorisation du temps de récolte. Cette phase initiale, souvent sous-estimée, est au cœur de sa démarche. Qu’il s’agisse de recueillir des témoignages oraux, des documents d’archives, des images ou des impressions plus subjectives, Éloïse lui consacre un temps important, convaincue que c’est dans cette immersion que peuvent faire émerger des éléments potentiellement porteurs de sens. Cette posture d’ouverture permet de dépasser les idées préconçues, de laisser place à l’inattendu, et de capter des détails qui, sans cette patience, resteraient invisibles. Cette phase est un moment fondateur, qui façonne la suite du projet. Elle se positionne alors comme une observatrice d'un environnement et d'une dynamique de vie, dont elle témoigne à travers ses enquêtes.

 

Sa méthode repose également sur une posture d’humilité : Éloïse n’arrive pas sur le terrain avec des réponses toutes faites, mais avec des questions ouvertes, un regard curieux, une oreille attentive. Elle ne s'impose pas, elle adopte la posture d’enquêtrice bienveillante, à l’écoute. Ce choix est aussi stratégique, car il permet d’instaurer une relation de confiance avec les personnes rencontrées. Dans cette logique, elle a pu par le passé ajuster sa manière de se présenter : selon les contextes, elle a pu se présenter comme historienne afin de créer un rapport plus horizontal, moins intimidant, mais surtout plus compréhensible et visuel pour les personnes avec lesquels elle entrait en contact et qui étaient peu familiers avec le métier de désigner graphique.

 

L’un des traits distinctifs de sa démarche est son ancrage dans le réel. L’enquête n’est pas une pratique vivante. Elle part toujours du terrain, des personnes, des lieux, des histoires, des usages. Cette immersion peut prendre des formes variées, entretiens, observations, vie sur place, participation à des événements ou à des gestes du quotidien. Elle considère l’enquête comme un mode de présence, une manière de se mettre à l’écoute des rythmes, des langages, des dynamiques d’un territoire. Dans cette optique, le lien humain devient une véritable matière de travail : non seulement ce qui est dit, mais aussi comment c’est dit, dans quel contexte, à quel moment, avec quels effets.

Article rédigé par
Mariama Bah
Léa-Kathy Leblan

Marion Dissoubray

Ce qui caractérise également sa méthode, c’est la co-construction des savoirs. Éloïse ne cherche pas à imposer une lecture unilatérale du terrain, mais à faire émerger, par l’échange, des formes de compréhension partagées. Elle accorde une grande importance aux récits, qu’elle considère comme des outils de connaissance à part entière. Les histoires de vie, les souvenirs, les gestes, les habitudes sont autant de fragments porteurs de mémoire et de sens, qui méritent d’être écoutés, mis en valeur, transmis. L’enquête devient ainsi un outil de médiation, une passerelle entre individus, générations, temporalités mais aussi un témoin qui perdure dans le temps.

 

Pour Éloïse, il ne suffit pas de collecter des données : il faut leur donner une forme qui rende justice à la richesse et à la complexité de ce qui a été recueilli. La forme finale n'est pas forcément une restitution, elle peut prendre la forme d’objets éditoriaux, de journaux, carnets, affiches, workshop conçus avec une attention particulière à l’accessibilité et à la pérennité de ces objets pour les habitants. En effet, le design n’est pas ici un habillage, mais un véritable outil de transmission : il permet de structurer, d’éclairer, de rendre l’expérience de l’enquête sensible. Ces objets sont pensés pour circuler, pour être appropriés par les habitants, pour continuer à vivre au-delà du projet.

 

Sa démarche accorde aussi une place importante à la reconnaissance des savoirs locaux. Qu’il s’agisse de savoir-faire artisanaux, de pratiques culturelles, de formes de solidarité ou de mémoire orale, Éloïse cherche à mettre en lumière ce qui est souvent dévalorisé ou oublié. Sa méthode repose sur une éthique du respect : respect des paroles, des silences, des rythmes propres à chaque personne. Elle ne force jamais l’expression, elle crée les conditions pour que la parole puisse émerger naturellement, dans un cadre de confiance et de réciprocité.

 

UNE ÉCOUTE PROFONDE ET ATTENTIVE, UNE IMMERSION PROLONGÉE ET RESPECTUEUSE, UNE VALORISATION DES RÉCITS ET DES SAVOIRS LOCAUX, UNE CO-CONSTRUCTION DES FORMES DE RESTITUTION

Cette attention au cadre se retrouve également dans la manière dont elle construit ses enquêtes. Si chaque projet suit un fil conducteur, une intention initiale, la méthode reste ouverte, adaptable, réactive à ce qui se passe sur le terrain. Elle reste flexible et accorde une importance quant au contexte, qui permet de réajuster en permanence les outils, les formats, les modes d’échange. Cette capacité d’adaptation est essentielle dans sa manière de travailler, car elle reconnaît que chaque territoire, chaque groupe humain, chaque moment a sa propre logique, ses propres besoins.

 

Enfin, sa méthode interroge le rôle du designer. Éloïse ne se positionne pas comme une créatrice de solutions, mais comme une passeuse, une traductrice des récits et des dynamiques locales. Son travail ne vise pas à apporter une réponse extérieure, mais à rendre visibles les ressources déjà présentes, à créer des formes qui permettent aux habitants de se réapproprier leur histoire, leur espace et leur pouvoir d’agir sur leur territoire. Dans cette optique, le design devient un outil d’émancipation, un moyen de faire lien, de faire sens, de faire commun.

 

En résumé, la méthode d’Éloïse se construit autour de plusieurs principes forts : une écoute profonde et attentive, une immersion prolongée et respectueuse, une valorisation des récits et des savoirs locaux, une co-construction des formes de restitution, une posture humble, un usage du design comme outil de médiation. Son travail est fait de rencontres, d’échanges, d’ajustements, et cherche à produire des objets qui prolongent les relations existantes ou nouées sur le terrain. À travers cette méthode, Éloïse propose une vision du design engagée, inclusive et sensible, au service du lien social, de la mémoire collective et des savoirs des lieux.

Anne Mortal : la marche

Anne Mortal est enseignante au lycée Jacques Prévert, au

BTS puis DN MADe et DSAA graphisme augmenté depuis

13 ans. Elle est agrégée de Lettres Modernes et docteure en Lettres. Elle est notamment spécialiste de poésie du XXe

et XXIe siècle et de philosophie contemporaine avec une certification complémentaire en cinéma, et des écritures du chemin. Elle est auteure de trois ouvrages : Un fracas sans bruit (2023), High School (2023) et Le chemin de personne

(2000). Ce dernier ouvrage trace sa réflexion autour de la

déambulation tout en nous interrogeant sur ce motif très

présent dans la littérature moderne et contemporaine.

 

Anne Mortal évoque la marche comme un acte

de création à part entière. Pour elle, il ne s’agit pas

simplement de se déplacer, mais bien d’un geste

artistique, d’une manière de s’approprier l’espace urbain et donc ainsi de le penser autrement. Elle souligne que la marche peut être un outil d’exploration, de réflexion et aussi d’expérimentation. Elle cite notamment les mouvements artistiques du XXe siècle, comme le Dadaïsme et le Surréalisme, et les situationnistes qui ont utilisé la marche comme moyen de création. Le mouvement Dada, né au début du XXe siècle, remet en question les conventions du monde artistique. Marcel Duchamp, l’un de ses représentants les plus connus et appréciés, va introduire la notion de ready-made. Cette notion consiste à détourner un objet du quotidien pour en faire une œuvre d’art. Selon ces artistes, la marche permet d’ouvrir une relecture de l’art et de créer un ready-made en mouvement où chacun devient artiste La marche permet de voir l’art là où on ne le percevait pas avant.

En se promenant dans l’espace, nous transformons notre environnement. La rue, les vitrines de magasins et les objets croisés ont tous le potentiel de devenir une œuvre d’art.

 

De leur côté, les surréalistes, actifs à partir des années

1920, notamment sous l’impulsion du poète et écrivain

André Breton (1), développent une relation différente à la marche. Leur devise est : « Partez sur les routes ». Pour eux, marcher est une façon de s’abandonner au hasard de libérer son inconscient, et ainsi provoquer la rencontre avec l’inattendu. Ils pratiquent ce qu’ils appellent la déambulation poétique, le plus souvent en groupe. Ils cherchent dans ses balades l’insolite, le choc visuel ou des événements incongrus. En marchant sans but précis, ils ouvrent la voie à une pensée plus libre, à des associations de pensée inédites.Pour eux, la marche ne sert pas seulement à explorer l’espace urbain, mais aussi l’espace psychique. La déambulation permet de déclencher une écriture plus spontanée, une parole intuitive, et une forme d’écriture automatique. Les coïncidences, les accidents, les détails et banalités du quotidien deviennent des éléments de point de départ de création. Ce lien entre marche et

inconscient donne naissance à une nouvelle manière de

produire de l’art, plus instinctive, libérée des contraintes. Anne Mortal se penche également sur les

situationnistes dans sa méthode d’enquête, et sur

comment ils utilisent la marche dans leurs réflexions.

Le situationnisme est un mouvement contestataire qui

intervient dans les années 60 dans différents domaines

comme la philosophie, la littérature, l’art ou la politique, et qui émet notamment une critique radicale de la société de consommation. Les membres qui constituent l’organisation de l’Internationale Situationniste, comme Guy Debord (2) qui en est son fondateur, ont une  volonté de dépassement des formes artistiques qui ont marqué le début du XXe siècle, telle que le surréalisme et le dadaïsme cité précédemment.

Article rédigé par
Lison Bellier-Toulouzou
Mayuko Meyer

 

Ils vont notamment s’intéresser au domaine urbain, et réaliser des « cartes psychogéographiques » de Paris et de Rome. Ce sont des restitutions cartographiques de la perception de l’espace urbain, et plus particulièrement de l’expérience affective de l’espace par l’individu. Ce sont des cartes flottantes, sensibles, qui permettent de redécouvrir la ville d’une autre travers différents regards. Cela devient un acte politique et social, de par la façon dont ils vont recréer le terrain, et représenter par exemple la métropole de Paris comme un archipel, et ainsi proposer une vision informelle de l’espace, en sortant d’un système formaté. Pour réaliser ces travaux, ils vont beaucoup effectuer la marche collective dans des milieux urbains, dans l’objectif de dériver, circuler sur des terrains vagues, et sortir des zones définies et définitives. Ils observent alors les réactions et les émotions humaines qui croisent

leur route, et les collectent pour les poser graphiquement sur la carte. Le quotidien et le banal deviennent une source d’exploration, et ils vont tenter de circuler uniquement par ce qui n’est pas défini, l’informel. Ces pratiques tissent également un lien avec la littérature, soit le cœur des travaux de Anne Mortal. En effet l’écrivain Georges Perec (3) par exemple se penche sur le travail de déambulation, qu’il met en récit dans son œuvre « tentative d’épuisement d’un lieu parisien ». Il raconte dans ce livre son

processus d’écriture de la vie quotidienne et monotone, qui se caractérise par la prise de note de tout ce qu’il observe durant un temps défini alors qu’il s’installe dans un café parisien du 6e arrondissement. Il ne néglige aucun détail, et fait attention à tout ce qui l’entoure sans mesure afin d’en faire une dense

liste, en mentionnant la lumière et les décors qui l’entourent, aux comportements humains auxquels il assiste. Il donne une importance à l’inframince, c’est-à-dire aux éléments qui sont à peine perceptibles, aux différences minimes entre deux moments similaires ou proches.

 

ILS OBSERVENT ALORS LES RÉACTIONS ET LES ÉMOTIONS HUMAINES QUI CROISENT LEUR ROUTE, ET LES COLLECTENT POUR LES POSER GRAPHIQUEMENT SUR LA CARTE.

A travers ces exemples, Anne Mortal met en avant la façon dont la marche, et plus spécifiquement la déambulation et la dérive notamment en milieu urbain peut devenir une œuvre en tant que telle, ou encore peut être un procédé qui travaille le sensible. La banalité et la spontanéité sont au cœur de cette méthode.

 

Références

— Marc Dachy,  « L’Ursonate de Kurt Schwitters : Des “tendances nouvelles en poésure et peintrie” : du “poème-affiche” de 1918 à la poésie pré-syllabique de la “Sonate de sons primitifs” ». Po&sie, 2016/1 N° 155, 2016. p.116-129. CAIRN.INFO, repérér à : shs.cairn.info/revue-poesie-2016-1-page-116?lang=fr.

— Man Ray - Centre Pompidou

— Guy Debord (Dir.), Internationale

situationniste, Paris, Éditions Champ-Libre,

1975 - Persée

— Dominique Fessaguet, « Le Manifeste surréaliste et ses rapports avec l'inconscient », Topique, 2011/2, n° 115, 2011, p.113-119.,CAIRN.INFO, repéré à : 
shs.cairn.info/revue-topique-2011-2-page-113?lang=fr.

— Le surréalisme entre spiritisme et

totalitarisme. Contribution à une histoire de

l'insensé | Cairn.info

— About Asger Jorn - Museum Jorn

Gabriel Ferreira Zacarias, “Le paradoxe situationniste : la fonction dela théorie dans l’art de Guy Debord,” Marges, n°22, 2016

— Une histoire du mouvement situationniste

1957-1972 | Radio France

— Patrick Marcolini, Le mouvement situationniste. Une histoire intellectuelle sur nonfiction.fr

Margaux Drocourt : enquête et urbanisme culturel

Margaux Drocourt est designer graphique et designer d’espace au sein de l’agence Vraiment Vraiment, une structure spécialisée dans le design d’intérêt général. Son travail se concentre principalement sur des enquêtes de terrain, des études urbaines et la mise

en place de démarches collaboratives. Fondée
en 2017, l’agence Vraiment Vraiment s’engage à concevoir des réponses 
concrètes à des problématiques sociales, environnementales ou urbaines, avec un fort

engagement pour la préservation des biens communs planétaires
et le renforcement des

droits humains.

1. Comment vous définiriez votre méthode d’enquête en une phrase ?

 Intéresser les usagers à la culture, aux matériels et aux des personnes ? 

2. Comment s’est construite votre méthodologie ? Quelle en a été son évolution ?

Durant l’écriture de ma thèse, l’intérêt était d’être en totale immersion sur le terrain, et de me laisser

porter. Je n’avais pas de méthodologie particulière. Elle s’est plutôt formée à la fin de l’écriture de ma thèse.

C’est en écrivant que j’ai réalisé que petit à petit, durant mes différents projets, une méthodologie s’était

mise en place naturellement, en me laissant porter justement. À ce jour, je n’ai pas le choix que de me

justifier auprès de ma hiérarchie sur les étapes de travail que je vais suivre durant mes recherches, je dois

donc cibler des objectifs et les préciser, mais ces objectifs n’ont pas de sens chronologiques de réalisation, ils sont juste là afin de structurer la recherche. 

3. Quels sont les outils principaux que vous utilisez lors de vos recherches ?

Dans un premier temps, nous précisons les objectifs de l’enquête dans un tableau Excel. Ces objectifs ne

sont pas fixes et évoluent en même temps que les recherches sont effectuées. De ce tableau, nous faisons

émerger un « désir d’enquête ». Sont par la suite mises en place les étapes d’enquête. Ces étapes sont en

fait les éléments auxquels on s’intéresse durant l’enquête (les documents, les interactions, ou encore les

vécus des usagers) puis une analyse croisée de tous ces éléments est effectuée. Tout cela est mis en page

tel un carnet de bord chronologique accompagné de photographies qui aident à la compréhension des

enjeux de chaque étape. 

4. Quels sont les déplacements que vous effectuez pour mener à bien vos enquêtes ? Sont-ils quotidiens ou non ?

Mes déplacements ne sont pas du tout quotidiens, ils sont même plutôt rares. Je dirai que ces

3 / 4 derniers mois, je me déplaçais une fois par semaine sur le terrain. Tout ça vient tout d’abord de la

complexité à aller sur le terrain. Dans mon cas, mes enquêtes s’effectuent dans les écoles, les collèges,

les lycées, et il est très compliqué d’obtenir l’autorisation des établissements pour pouvoir venir observer.

Souvent par manque de temps des enseignants. Il est aussi possible d’effectuer des observations non déclarées, mais je ne suis vraiment pas fan de cette méthode. Je préfère que les enseignants mais aussi les élèves soient au courant de mes intentions, c’est éthiquement plus correct selon moi. Pour faciliter mes enquêtes je mets aussi au point des kits d’enquête pour me permettre de sonder des terrains ou je n’ai pas

l’opportunité d’aller. Dans ces kits on retrouve des grilles d’entretien, c’est du faire faire et ça facilite ma

démarche d’enquête. 

 

5. Et quand vous Enquêtez vous êtes toujours seul ? Toujours en équipe et pourquoi ?

Lorsque que je fais des études de terrain je ne suis jamais seul. C’est difficile d’être objectif en étant

seul, c’est intéressant d’avoir d’autres observateurs pour cumuler les points de vue. C’est difficile de

rester objectif et d’enquêter sans préjugé alors, avoir plusieurs observateurs c’est un gage d’avoir une

observation plus objective. Aussi lorsque je fais mes enquêtes, je cherche souvent à être accompagné de

gens du terrain. Il est difficile d’arriver pour enquêter sans être accompagné. Quand je suis accompagné

de quelqu’un qui appartient au terrain, et que j’arrive pour enquêter ça apporte une certaine légitimité que

quand je me présente en disant que je suis designer pour le Lab du ministère de l’éducation nationale. Ce

que je fais le plus souvent c’est des balades sur le terrain, on déambule en discutant, c’est de l’observationparticipante. On peut aussi mettre au point des ateliers pour faciliter la parole. 

Article rédigé par
Lorelei Van der Poël
Siham Tirichine


 

6. Comment se passe ensuite la restitution de vos enquêtes ?

Pour la restitution de mes enquêtes je commence toujours par faire un état de l’art académique

d’enquête, ça me permet de me situer. Ensuite toutes les observations que nous faisons sont consignées

dans un tableau excel, ce travail est très important. On classe nos observations et nos collectes dans des

grilles d’analyse avec des intitulés. On effectue un rangement des verbatines, des photos, des idées, des

collectes. Ensuite, on effectue une analyse thématique et une analyse des documents. Ce travail va nous

permettre de préparer les briefs finaux. Les briefs finaux ensuite s’organisent autour de grandes questions, ce sont soit les problématiques formulées au départ, soit de nouvelles problématiques issues de notre analyse de données avec nos observations d’enquête. »

7. Comment se présentent ces briefs finaux ? Et comment traitez vous graphiquement la matière collectée ?

Les briefs finaux sont fait sur de grandes bandes sur laquelle on inscrit la problématique et ensuite se

déroule tout le cheminement de réflexion autour de cette problématique avec nos éléments d’enquête. On

y met tous les indices qui nous ont permis de répondre ou de questionner un sujet que nous avions dégagé,

que ce soit des bribes d’entretiens, des photos, des résultats d’ateliers. Ces briefs sont ensuite présentés à

des gens de l’académie pour organiser des ateliers de co-conception pour trouver des moyens de résoudre

les problématiques que nous avons sélectionné. A ces ateliers on convie des CPE, des proviseurs, des

proviseurs adjoints, etc. Leur participation est très importante parce qu’elle nous permet de voir ce qui est

réalisable, ce qu’on pourrait essayer de mettre en place, etc. 

 

8. Quels sont vos freins ou vos difficultés dans votre travail d’enquête ?

Le biais majeur je dirais, c’est de manque de représentativité, toute les enquêtes que nous faisons ne nous permettent pas d’accéder à tous les terrains, on ne nous ouvre pas toutes les portes. Il y a aussi le fait de

partir avec des hypothèses trop affirmées et avec pas assez d’ouverture ce qui nous biaise complètement

dans nos résultats d’enquête puisqu’on oriente notre collecte. Ou a l’inverse avoir des hypothèses qui

se retrouvent intégralement remise en question ou contre dite par une étude de terrain. Il est aussi très

important de ne pas se laisser porter par ses propres convictions dans les analyses. Il est facile de faire dire

ce que l’on aimerait à nos collectes durant les enquêtes alors qu’il n faut pas exprimer une opinion mais

bel et bien effectuer une restitution de nos observations. Le manque de diversité des outils d’enquête peut également être un frein. Pour finir je dirais que le plus important c’est de ne pas faire semblant de sa place, nous sommes des designeurs, il est inutile de se faire passer pour des anthropologues, ce n’est pas le même métier, ce n’est pas les même attendus. 

IL EST AUSSI TRÈS

IMPORTANT DE NE PAS SE LAISSER PORTER PAR SES PROPRES CONVICTIONS DANS LES ANALYSES. IL EST FACILE DE FAIRE DIRE

CE QUE L’ON AIMERAIT À NOS COLLECTES DURANT LES ENQUÊTES

Mathilde Roussel : technologie, féminisme et écologie

Mathilde Roussel est une artiste née en 1983. De 2019 à 2024, elle mène un doctorat de recherche-création entre l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et l’Université Paris 8 à Saint-Denis. Son travail au sein de Raffard-Roussel porte sur les thèmes des technologies, de l’écologie et de la matière. Avec Matthieu Raffard, elle veut créer, dans un contexte de grands changements technologiques, environnementaux et sociaux, un nouvel imaginaire autour de ces technologies et de leur matérialité. En effet, on observe que son travail porte en grande partie sur les flux et la matérialité de ces nouvelles technologies, qu’elle veut rendre visibles et sensibles.

Mathilde Roussel est une artiste travaillant en collaboration avec l’artiste Matthieu Raffard. Ce collectif se questionne beaucoup par rapport à la technologie, mais plus particulièrement par rapport à notre rapport avec la technologie. Dans ce monde en changement constant, iels souhaitent participer à la réinvention de notre imaginaire collectif, de manière à pouvoir accueillir le futur.

 

Mathilde Roussel détecte dans sa méthodologie d’enquête trois axes principaux : l’explicitation des cheminements, la réinitialisation de modes d’enregistrements, et l’évidence de la matérialité technologique.

 

Lorsque nous commandons un colis en ligne, ou même accédons à une page web, l’instantanéité de l’acte et notre relation passive à celui-ci (dans le sens que nous ne nous occupons pas de son avancement de nos mains) nous pousse à ignorer les différentes forces qui permette son déroulement. Raffard-Roussel cherche justement à expliciter ces flux, qu’ils soient matériels, énergétiques, humains, ou sociologiques.

 

Pour pouvoir enregistrer ces flux, iels cherchent à les retranscrire de manière directe, par des modes d’enregistrement demandant peu de ressources. Le moyen le plus utilisé, du fait qu'il demande très peu de ressources matérielles et énergétiques, est souvent l’inventaire et l’étalage du sujet étudié (colis, appareil médiatique…)

 

Ces deux procédés servent finalement à la réalisation du troisième axe : mettre en évidence la matérialité de la technologie. Celle ci apparaît souvent comme une boite noire, réalisant tâches et opérations sous notre contrôle, mais sans notre connaissance du procédé utilisé par la machine. Nous-même ne pouvons pas retranscrire, comprendre, ou répliquer les différentes étapes d’un outil technologique. L’un des buts de Raffard-Roussel est de briser cette boîte noire, de la rendre transparente, ou en tout cas de faire un premier pas pour. Ce troisième axe est l’un des plus importants, et est exploré sous de nombreux angles.
 

Ces trois axes coalescent ensemble dans la pratique du duo. Cette pratique-même peut être disséquée en trois étapes, pouvant être représentées dans un ordre pseudo chronologique. On observe tout-d’abord une déconstruction du sujet étudié. Cette déconstruction peut prendre plusieurs formes, et s’occuper de différents aspects du sujet, mais l’optique de déconstruction, de désassemblage, reste centrale. Si l’on veut étudier une imprimante, il faut la déconstruire, la désassembler, la disséquer, l’ouvrir pour observer, constater de ses mécanismes et de ses fonctionnements internes. Pour comprendre le processus général d’une enquête, il faut séparer et individualiser chaque action, chaque élément, chaque regard possible et abstraction conceptuelle se reliant au principe général d’une enquête.

 

De cette reconstitution et des éléments qui en sont tirés, les artistes vont pouvoir opérer une reconstruction, avec leur propres moyens et méthodes. Cette reconstitution, les mains dans le cambouis, permet non seulement de perfectionner la connaissance du sujet, mais aussi d’interchanger des éléments, et d’essayer des moyens alternatifs. Les résultats de cette étape vont souvent prendre la forme d’une machine, souvent constituée de divers matériaux, et souvent laissant entrevoir les entrailles de la bête. Cette transparence rentre en lien avec le désir de montrer la matérialité de la technologie : quoi de plus inverse à une boîte noire technologique qu’un mécanisme pleinement révélé ?

Article rédigé par
Ernest Io Lilin
Méline Macau-Bassas

 

OPÉRER UNE RECONSTRUCTION, AVEC LEUR PROPRES MOYENS ET MÉTHODES. CETTE RECONSTITUTION, LES MAINS DANS LE CAMBOUIS, PERMET […] DE PERFECTIONNER LA CONNAISSANCE
DU SUJET

Finalement, après ces deux étapes, mais souvent en tandem avec celle de la reconstruction, s’opère une expérimentation. Cette expérimentation va prendre la forme d’une fusion de diverses machines, techniques, outils, pour arriver à une fonction autre que celle du sujet d’étude. Cette combinaison peut se faire entre diverses projets, et permet de dépasser la simple étude et de s’avancer dans la création pure. Les éléments assemblés peuvent provenir de domaines très différents, technologiques ou non, artistiques ou non, mais dans tout les cas on observe un désir d’atteindre quelque chose de nouveau.

Cette démarche est pensée comme une véritable réflexion autour de la technologie. Les questions posées orbitent souvent autour de deux noyaux, technologie et humanité, se penchant sur les rapports entre les deux, qu’ils soient émotionnels, matériels, énergétiques, ou sociologiques.

 

Un angle souvent retrouvé est celui de l’ésotérisme. On retrouve une grande réflexion autour de la spiritualité de diverse machines, telles que l’imprimante, mais aussi autour de certains concepts, comme la démarche d’enquête. Ces réflexions amènent deux principaux résultats : la divination ainsi que la réutilisation de méthodes. La divination se retrouve sous la forme de jeux de cartes oratoires, dans la même veine que le tarot. On retrouve ainsi plusieurs de ces decks, adaptés à différents sujets, telles que les enquête, ou la technologie de manière générale. La réutilisation de méthode consiste à rechercher des méthode de divination, ou de communion avec l’occulte, et d’en reprendre le principe en l'appliquant au sujet étudié. Ceci peut par exemple prendre la forme de divination hexagramique utilisant le Yi-King et des caractères alphanumérique tirés d’une imprimante en la désassemblant.

Un autre angle que l’on retrouve est une approche archéologique, qui consiste à observer comment plusieurs aspects du sujet, mais aussi le sujet lui même, rentrent en relation avec d’autres technologies ou concepts. Cette approche est celle de l’archéologie des médias, issue des travaux de Parikka et Hayles. On peut ensuite, par cette approche, reconstituer la nature de l’objet, mais aussi sa fonction et sa relation avec le reste du monde, ce qui permet de mieux le comprendre et d’en avoir une vision globale. On retrouve ce thème de vision globale dans les trois axes posés par le duo, mais également dans l’étape d’expérimentation, qui met en relation directe et matérielle plusieurs technologies.

Ces deux angles, les trois axes, et les trois pratiques développées aboutissent à une démarche d’enquête unique au duo. Cette démarche, non-linéaire, essaye, déjà, d’observer d’un point de vue global un sujet, et d’aboutir à une compréhension complète, depuis son l’importance sociétale jusqu’à sa construction interne. Par la suite, elle dépasse cette observation par la reconstruction du sujet, puis par sa combinaison avec d'autres. Le résultat final est un objet technologique que l’on peut facilement deviner comme étant basé sur un objet existant, mais qui présente des nouvelles fonctions, qui ne peuvent apparaître qu’après l’étude prolongée de l’objet de départ. Ce nouvel objet est pensé non pas pour remplir un besoin immédiat, mais pour s’inscrire dans une réflexion sur le monde du futur.

 

Références

Roberto Barbanti et Lorraine Verner (dir.), Les limites du vivant , Paris, édition Dehors, 2016

— Donna Haraway, Manifeste cyborg

— Karen Barad, Frankenstein, la grenouille et l’électron. Les sciences et la performativité queer de la nature

— Gwenola Wagon, Planet B

Dorian Reunkrilerk

Dorian Reunkrilerk  est docteur en Design et sciences de l’information et de la communication. Il travaille d'abord pour des institutions du monde de l’art et du design (Galerie Michel Journiac, Centre Pompidou, D‘Days, etc.). Il est aussi designer chez Pointhuit de 2016 à 2020

En mars 2023, il est recruté au 110 Bis, le lab de l’innovation de l’éducation Nationale.

la Galerie Michel Journiac. Il est designer-doctorant chez Otis Elevator Co. En 2014, il est co-fondateur du ACA project (Asian Contemporary

Art) : association française et plateforme en ligne créée en 2015 qui présente une sélection d’artistes, de professionnels ainsi que des évènements se rapportant à l’art contemporain des pays d’Asie.

Comment vous définiriez votre méthode d’enquête en une phrase ?

Intéresser les usagers à la culture et à la culture matérielle des personnes ? 

Comment s’est construite votre
méthodologie ? Quelle en a été son évolution ?

Durant l’écriture de ma thèse, l’intérêt était d’être en totale immersion sur le terrain, et de me laisser

porter. Je n’avais pas de méthodologie particulière. Elle s’est plutôt formée à la fin de l’écriture de ma thèse.

C’est en écrivant que j’ai réalisé que petit à petit, durant mes différents projets, une méthodologie s’était

mise en place naturellement, en me laissant porter justement. À ce jour, je n’ai pas le choix que de me

justifier auprès de ma hiérarchie sur les étapes de travail que je vais suivre durant mes recherches, je dois

donc cibler des objectifs et les préciser, mais ces objectifs n’ont pas de sens chronologiques de réalisation, ils sont juste là afin de structurer la recherche. 

Quels sont les outils principaux que vous utilisez lors de vos recherches ?

Dans un premier temps, nous précisons les objectifs de l’enquête dans un tableau Excel. Ces objectifs ne

sont pas fixes et évoluent en même temps que les recherches sont effectuées. De ce tableau, nous faisons

émerger un « désir d’enquête ». Sont par la suite mises en place les étapes d’enquête. Ces étapes sont en

fait les éléments auxquels on s’intéresse durant l’enquête (les documents, les interactions, ou encore les

vécus des usagers) puis une analyse croisée de tous ces éléments est effectuée. Tout cela est mis en page

tel un carnet de bord chronologique accompagné de photographies qui aident à la compréhension des

enjeux de chaque étape.

Quels sont les déplacements que vous effectuez pour mener à bien vos enquêtes ? Sont-ils quotidiens ?

Alors mes déplacements ne sont pas du tout quotidiens, ils sont même plutôt rares. Je dirai que ces 3/4 derniers mois, je me déplaçais une fois par semaine sur le terrain. Tout ça vient tout d’abord de la

complexité à aller sur le terrain. Dans mon cas, mes enquêtes s’effectuent dans les écoles, les collèges,

les lycées, et il est très compliqué d’obtenir l’autorisation des établissements pour pouvoir venir observer. Souvent par manque de temps des enseignants. Il est aussi difficile d’effectuer des observations non déclarées, mais je ne suis vraiment pas fan de cette méthode. Je préfère que les enseignants mais aussi les élèves soient au courant de mes intentions, c’est éthiquement plus correct selon moi. Pour faciliter mes enquêtes je mets aussi au point des kits d’enquête pour me permettre de sonder des terrains ou je n’ai pas l’opportunité d’aller. Dans ces kits on retrouve des grilles d’entretien, c’est du “faire faire” et ça facilite ma démarche d’enquête. ​

Article rédigé par
Benedicte Rignol

Maëlys Demay

Et quand vous Enquêtez vous êtes toujours seul ? Toujours en équipe et pourquoi ?

Lorsque que je fais des études de terrain je ne suis jamais seul. C’est difficile d’être objectif en étant

seul, c’est intéressant d’avoir d’autres observateur pour cumuler les points de vue. C’est difficile de

rester objectif et d’enquêter sans préjugé, alors avoir plusieurs observateurs c’est le gage d’une

observation plus objective. Aussi lorsque je fais mes enquêtes, je cherche souvent a être accompagné de

personnes du terrain. Il est difficile d’arriver pour enquêter sans être accompagné. Quand je suis accompagné de quelqu’un qui “appartient au terrain”, et que j’arrive pour enquêter ça apporte une certaine légitimité, bien plus que lorsque  je me présente en tant que designer pour le Lab du ministère de l’Éducation nationale. Ce que je fais le plus souvent c’est des balades sur le terrain, on déambule en discutant, c’est de l’observation participante. On peut aussi mettre au point des ateliers pour faciliter la parole. 

 

Comment se passe ensuite la restitution de vos enquêtes ?

Pour la restitution de mes enquêtes je commence toujours par faire un état de l’art académique

d’enquête, ça me permet de me situer. Ensuite toutes les observations que nous faisons sont consignées

dans un tableau excel, ce travail est très important. On classe nos observations et nos collectes dans des

grilles d’analyse avec des intitulés. On effectue un rangement des verbatims, des photos, des idées, des

collectes. Ensuite, on effectue une analyse thématique et une analyse des documents. Ce travail va nous

permettre de préparer les briefs finaux. Les briefs finaux s’organisent ensuite autour de grandes questions : ce sont soit les problématiques formulées au départ, soit de nouvelles problématiques issues de notre analyse de données dans le cadre de nos observations d’enquête.

Comment se présentent ces briefs finaux ? Et comment traitez vous graphiquement la matière collectée ?

Les briefs finaux sont fait sur de grandes bandes sur laquelle on inscrit la problématique et ensuite se

déroule tout le cheminement de réflexion autour de cette problématique avec nos éléments d’enquête. On

y met tous les indices qui nous ont permis de répondre ou de questionner un sujet que nous avions dégagé,

que ce soit des bribes d’entretiens, des photos, des résultats d’ateliers. Ces briefs sont ensuite présentés à

des gens de l’académie pour organiser des ateliers de co-conception pour trouver des moyens de résoudre

les problématiques que nous avons sélectionné. A ces ateliers on convie des CPE, des proviseurs, des

proviseurs adjoints, etc. Leur participation est très importante parce qu’elle nous permet de voir ce qui est

réalisable, ce qu’on pourrait essayer de mettre en place, etc.

Quels sont les freins ou vos difficultés dans votre travail d’enquête ?

Le biais majeur je dirais, c’est de manque de représentativité, toute les enquêtes que nous faisons ne nous permettent pas d’accéder à tous les terrains, on ne nous ouvre pas toutes les portes. Il y a aussi le fait de

partir avec des hypothèses trop affirmées et avec pas assez d’ouverture ce qui nous biaise complètement

dans nos résultats d’enquête puisqu’on oriente notre collecte. Ou a l’inverse avoir des hypothèses qui

se retrouvent intégralement remise en question ou contre dite par une étude de terrain. Il est aussi très

important de ne pas se laisser porter par ses propres convictions dans les analyses. Il est facile de faire dire

ce que l’on aimerait à nos collectes durant les enquêtes alors qu’il n faut pas exprimer une opinion mais

bel et bien effectuer une restitution de nos observations. Le manque de diversité des outils d’enquête peut également être un frein. Pour finir je dirais que le plus important c’est de ne pas faire semblant de sa place, nous sommes des designeurs, il est inutile de se faire passer pour des anthropologues, ce n’est pas le même métier, ce n’est pas les même attendus. 

C’EST DIFFICILE DE RESTER OBJECTIF ET D’ENQUÊTER SANS PRÉJUGÉ, ALORS AVOIR PLUSIEURS OBSERVATEURS C’EST LE GAGE D’UNE OBSERVATION PLUS OBJECTIVE. […] IL EST DIFFICILE D’ARRIVER POUR ENQUÊTER SANS ÊTRE ACCOMPAGNÉ.

Mathilde Roussel

Ulysse Del Ghingaro est compositeur, musicologue et doctorant. Sa thèse repose sur une démarche de recherche-création, mêlant une analyse théorique classique à une production musicale fondée sur le field recording. Ce croisement fertile l’amène à envisager une thèse de recherche-création au sein de l’université Paris 8, une forme particulière de doctorat qui articule des analyses théoriques et des productions artistiques. Ce type de recherche étant très personnel, son projet a évolué au fil du temps, selon les découvertes, les apprentissages et les opportunités rencontrées.

 

​​La question de l’importance de sa problématique de recherche lui est apparue plus clairement récemment. Selon lui, la crise écologique actuelle oblige à repenser nos interactions avec le vivant, avant même de chercher à en identifier les objets. Si cela peut sembler très abstrait, de nombreux artistes se sont déjà emparés de ces réflexions écologiques, même si cela reste plus rare chez les musiciens. Une partie de sa thèse explore justement cette voie : comment composer de la musique en forêt, en dialoguant avec les sons vivants, les instruments, les ambiances naturelles ? Une manière singulière de questionner notre relation au monde vivant, et de chercher, à travers l’art, de nouvelles manières d’habiter le monde.

 

Son approche se distingue par la volonté de rester fidèle aux paysages sonores originaux, sans isoler les sons ou les manipuler de manière décontextualisée. Il compose à partir de l’ensemble des enregistrements, réalisés à différents moments d’une même journée ou dans des temporalités variées, pour rendre compte de l’évolution d’un lieu. Cette méthode lui permet de confronter différents régimes d’écoute, en tenant compte des rythmes du vivant et des perceptions humaines.

 

Ulysse del Ghingaro n’a pas fait cette enquête de terrain seul. C’était un projet collectif, mené dans le cadre d’un projet franco-argentin porté par INOVArt. Il a été conçu par son directeur de recherche et un chercheur local Alessendro. Le choix des lieux et des personnes interrogées (habitants, pêcheurs, musiciens, etc.) visait à faire émerger une pluralité de regards et d’écoutes sur l’environnement sonore local. Cette diversité des points de vue nourrit la richesse des compositions et participe à une meilleure compréhension des interactions entre humain et milieu. 

Le travail de terrain a été l’occasion d’expérimenter des méthodes empiriques, construites au fur et à mesure, sans protocole figé. Cela a généré une part d’incertitude, mais aussi une grande adaptabilité. Sa posture n’était ni totalement extérieure ni strictement observatrice : en assumant la subjectivité de son écoute et de sa création, il adopte une position de chercheur impliqué, sensible et réflexif. Cette posture permet d’articuler théorie et pratique, par exemple en utilisant l’écriture d’articles comme support de réflexion sur les pièces sonores produites.

Article rédigé par
Anna Airaud
Jade Morin

 

L’outil principalement utilisé était donc le field recording. Un enregistrement de terrain (terme devenu un style musical) composé à partir d'enregistrements du paysage. Les paysages sonores sont donc composés à partir de ça, en juxtaposant ou en les transformant. Le microphone y est perçu comme un instrument à part entière, une partie sonore objective ou une interprétation du paysage (changeant selon le type de microphone et la manière dont on enregistre). Beaucoup de choix subjectifs sont donc nécessaires pour enregistrer un paysage sonore et créer une pièce en elle-même. Mais l’enregistrement sonore n'est pas le seul outil qu’Ulyssse del Ghingaro utilise. L’usage de la photographie est en partie présent dans ses travaux de recherche. Elle vient renforcer cette volonté de documenter les milieux, tout en maintenant le son au centre du dispositif. Les images, prises par l’équipe de terrain, servent en fait de support visuel pour aider à mieux se représenter l’environnement enregistré. Elles offrent une "béquille visuelle" pour situer les paysages sonores, sans les illustrer littéralement.

 

Ce doctorant accorde également une grande importance aux questions éthiques. Il s’interroge notamment sur la manière d’utiliser des sons chargés de significations culturelles et écologiques sans les dénaturer, et sur la façon de ne pas imposer un regard occidental sur les milieux qu’il explore. Il crée donc sans couper ni dénaturer ses enregistrements

Enfin, il reconnaît les limites de son approche, notamment en raison de l’absence de spécialistes en écologie scientifique dans l’équipe de recherche, ce qui a limité l’interprétation précise de certaines composantes importantes du paysage sonore (par exemple les espèces animales enregistrées). Il exprime donc le souhait de travailler à l’avenir dans des équipes plus pluridisciplinaires, pour renforcer l’ancrage scientifique de sa démarche.

Ulysse des Ghingaro a pour but de terminer sa thèse qui est en cours de rédaction cette année ou l’année prochaine. Ensuite, il aimerait continuer sur ce chemin là après validation de sa thèse, pour devenir maître de conférences en université sur l’écologie sonore. Il donne déjà des cours sur ce sujet à l’université, et étant donné que ce milieu lui plaît, il aimerait aussi continuer. À travers cette méthode, il propose une lecture sensible, critique et engagée de l’environnement sonore, qui dépasse les frontières disciplinaires et interroge en profondeur les rapports entre son, milieu, création et connaissance.

 

Références

(Larrère, C., & Larrère, R. (2018). Penser et agir avec la nature: une enquête philosophique. La découverte.

 

Composition musicale, le fait que le compositeur est forcément influencé par des biais, son imagination, ses vécus : Cage, J. (2017), Silence, conférence et écrits, contrechamps

 

Faire confiance en les dynamiques du lieu dans lequel il se trouve : (Morizot, B. (2020) Raviver les braises du vivant, Actes sud

 

Bibliographie sur la méthodo utilisée sur le terrain :
Méthodologique générale : l’« ethnographie atmosphérique » : Jean-Paul Thibaud, « Silence of Mauá: An Atmospheric Ethnography of Urban Sounds »

 

Définition de “milieu sonore” : Makis Solomos, Exploring the ecologies of Music and sound. Experimental, Mental, and Social Ecologies in Music, Sound Art and Artivisms, Londres, Routledge, 2023)

 

Étudier les contextes sensoriels de l’espace habité et comment il est vécu, pratiqué et perçu au jour le jour : Jean-Paul Thibaud, « Le tissu sensoriel des ambiances urbaines », in Sens et société, vol. 6, no 2

Pauline Gourlet : présentation de Forensic Architecture

Forensic Architecture est une agence de recherche innovante fondée au sein de Goldsmiths, Université de Londres. Elle se consacre à l’élaboration, l’application et la diffusion de techniques et

méthodes nouvelles pour enquêter sur des cas de violence perpétrée par des États ou des entreprises. Cette approche novatrice repose sur une collaboration interdisciplinaire réunissant des architectes, des développeurs de logiciels, des cinéastes, des journalistes d’investigation, des scientifiques et des juristes. Ensemble, ces spécialistes analysent des événements complexes à travers

 

Forensic Architecture est une agence de recherche multidisciplinaire dont la mission est d’examiner et de documenter les violences commises par des entités étatiques ou corporatives. S’appuyant sur des techniques d’analyse spatiale avancée et des outils numériques de modélisation, l’agence développe une approche unique pour reconstruire, comprendre et rendre visible des événements souvent dissimulés, niés ou oubliés. Sa méthode conjugue innovation technologique, enquêtes de terrain, analyse de sources ouvertes, et engagement éthique aux côtés des victimes. Le cœur du travail de Forensic Architecture repose sur l’utilisation de technologies de pointe dans le domaine de la modélisation 3D, de la géolocalisation, de l’analyse vidéo et de l’imagerie satellite.

 

En réponse à l’évolution rapide des outils numériques et à l’abondance des données visuelles circulant sur Internet, Forensic Architecture a su tirer parti de ce que l’on appelle la « révolution open source ». Les chercheurs de l’agence croisent des informations librement accessibles (vidéos amateurs, images satellites, rapports publics, réseaux sociaux) avec des données scientifiques et techniques afin de reconstituer des scènes d’événements violents.

Parmi les techniques régulièrement utilisées figurent la géolocalisation précise de vidéos et de photographies, leur insertion dans des modèles numériques tridimensionnels navigables, la

télédétection, la cartographie interactive, l’analyse des ombres et des sons, ou encore la simulation de phénomènes physiques comme la propagation de fumées, d’ondes ou de fluides. Ces analyses

permettent de donner un sens à des séquences parfois fragmentées et d’en produire une lecture critique qui peut être mobilisée à des fins judiciaires ou politiques.

L’agence emploie également la notion de « témoignage situé », une méthode qui vise à replacer les récits des témoins dans un contexte spatial et temporel reconstitué, afin d’en maximiser la portée

explicative. Cette approche permet d’ancrer les expériences individuelles dans un cadre visuel et analytique qui en renforce la crédibilité et la puissance argumentative.

Les enquêtes de Forensic Architecture portent sur un large spectre de violences systémiques : brutalité policière, opérations militaires, traitements inhumains infligés aux migrants et réfugiés,

violences raciales structurelles, destructions environnementales, ou encore violences coloniales passées et présentes. L’agence se positionne délibérément aux côtés des individus, groupes ou

communautés affectés, en répondant à leurs demandes et en plaçant leur vécu au centre de ses recherches.

Chaque projet est conçu comme une collaboration. L’agence privilégie les enquêtes dans lesquelles ses méthodes spécifiques peuvent faire la différence en contribuant à faire émerger des vérités

étouffées ou invisibilisées. L’objectif est double : produire des preuves rigoureuses et exploitables tout en continuant à développer et perfectionner les méthodes d’enquête elles-mêmes. Cette

logique de recherche-action permet une évolution constante des outils mobilisés, en fonction des besoins concrets du terrain et des exigences des situations.

Les résultats obtenus par Forensic Architecture ne se limitent pas à l’établissement des faits : ils visent à provoquer des transformations politiques, à initier des procédures judiciaires, à sensibiliser

l’opinion publique ou à reconfigurer les récits dominants autour d’un événement donné.

Article rédigé par
Odette Plichard
Lise Rune

 

La force de Forensic Architecture réside aussi dans sa capacité à s’adresser à des audiences multiples. Les enquêtes produites peuvent ainsi être utilisées devant les tribunaux, présentées dans des commissions parlementaires, soumises à des tribunaux citoyens, diffusées dans les médias internationaux ou exposées dans des institutions culturelles et artistiques. Chacun de ces espaces possède ses règles, ses limites et ses potentialités ; l’agence adapte sa stratégie en fonction de ces contextes, tout en s’efforçant d’en élargir les cadres.

Par exemple, dans les enceintes judiciaires, l’agence milite activement pour l’acceptation de preuves numériques produites par des citoyens ordinaires, souvent avec des téléphones portables. Dans

les musées ou galeries, elle transforme les expositions en lieux d’enquête et d’argumentation politique. Cette hybridation entre art, droit, science et activisme constitue l’un des traits distinctifs de Forensic Architecture et l’un de ses atouts majeurs.

Le travail de l’agence a été admis dans de nombreuses procédures judiciaires à travers le monde, notamment aux États-Unis, au Royaume-Uni, en Allemagne, en Grèce, en Israël, au Guatemala et en Colombie. Certaines enquêtes ont été présentées devant la Cour pénale internationale (CPI), la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) ou encore l’Assemblée générale des Nations unies. Le directeur de Forensic Architecture siège également au Conseil consultatif sur la technologie de la CPI, contribuant à définir l’intégration des nouveaux médias comme preuves dans les procès internationaux.

Forensic Architecture est une structure indépendante, dont le financement provient en grande partie de subventions issues du monde universitaire, des institutions de défense des droits humains et

des technologies civiques. L’agence bénéficie aussi de soutiens ponctuels pour des projets spécifiques. En outre, elle tire des revenus de la présentation de ses travaux dans les médias ou dans des contextes d’exposition, mais ces ressources sont intégralement réinvesties dans la recherche.

Cette transparence financière garantit l’autonomie de l’agence, qui peut ainsi orienter ses projets selon ses critères éthiques et scientifiques, sans dépendance vis-à-vis d’intérêts politiques ou économiques extérieurs. En combinant rigueur méthodologique, sensibilité esthétique et volonté politique, Forensic Architecture a ouvert une voie nouvelle dans le champ des enquêtes sur la violence. Son approche témoigne de la manière dont les outils numériques et les savoirs scientifiques peuvent être mobilisés au service de la justice et des droits humains. En révélant ce qui est dissimulé, en rendant audibles les voix marginalisées, et en réclamant des comptes là où l’impunité règne, Forensic Architecture invente un nouveau langage pour la vérité, un langage qui s’adresse autant à l’intelligence qu’à la conscience collective. À travers ses enquêtes, Forensic Architecture ne se contente pas d’exposer les faits : elle les inscrit dans une dynamique de transformation, en transformant elle-même les manières de faire enquête, de voir, de juger et d’agir.

ILS VISENT À PROVOQUER DES TRANSFORMATIONS POLITIQUES,
À INITIER DES PROCÉDURES JUDICIAIRES, À SENSIBILISER L’OPINION PUBLIQUE OU À RECONFIGURER LES RÉCITS DOMINANTS AUTOUR
D’UN ÉVÉNEMENT DONNÉ.

bottom of page